Éditorial: Le calme avant le calme

Il m’arrive en éditorial d’aborder des problématiques très larges, mais ce mois-ci je vais me limiter à parler du roman que je suis en train de lire: « Gentleman Jole and the Red Queen », de Lois McMaster Bujold.

Affichons-le sans hésiter: je suis un grand fan de la série Vorkosigan, dont ce roman constitue le plus récent opus. Il s’agit d’un space opera intelligent et haut en couleurs, habité par une galerie de magnifiques personnages. Le héros titulaire de la série, Miles Vorkosigan, est un hyperactif brillant dont l’audace et l’ingéniosité viennent à bout de pièges politiques et militaires mortels.

Car les dangers ne manquent pas dans les premiers tomes. Mais là se situe l’étonnante évolution de cette série: l’auteure a laissé ses personnages connaître trop de succès. Non seulement ont-ils pu faire la paix avec leurs ennemis, leur finesse politique a empêché l’éclosion de nouvelles crises et conflits. Un passage du roman exprime à merveille le calme dans lequel se trouve les personnages:

The hottest local political argument at the moment, and for the last ten years, was the transfer of the capital to some more selectively chosen region (…), resisted fiercely by those with major speculative investments in the present site.

Et ce n’est pas le calme avant la tempête! L’intrigue principale de « Gentleman Jole and the Red Queen » concerne… la vie amoureuse et sexuelle des parents de Miles Vorkosigan. N’empêche, le roman se lit agréablement: les dialogues sont savoureux, et la mise en scène de personnages succulents demeure une force chez Bujold.

Au pourrait parler ici des attentes de lecteur: en présence d’un magnifique univers conçu pour l’aventure, est-il normal de rester sur sa faim lorsque l’intrigue est celle d’une comédie romantique? En littérature générale, personne ne trouve à sourciller si le troisième acte ne contient ni explosion, ni poursuite endiablée.

Je ne pousserai cependant pas plus loin ma critique, toutefois. Il existe en littérature de genre tellement de séries qui consistent en l’application d’une formule répétitive, qu’il faut saluer l’auteure qui n’hésite pas à briser le moule.

Mais, je vous l’avoue, j’aurais bien pris une petite explosion. Même une toute petite.

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