Un temps pour mourir, de Michel Martin

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Que Bernard, mon éternel ami, ne soit plus des nôtres, est une réalité inacceptable pour moi. Mais je dois admettre que, aux yeux des vivants comme des morts, la poursuite de ma propre existence l’est tout autant. Je ne sais par quelle fantaisie, par quelle loi mystérieuse nous sommes retenus en ce monde sans signification. Et ne sachant pas, je ne peux rien si ce n’est espérer.

Je crois que c’est ainsi que, devant un tel malheur, doivent s’exprimer ceux qui échappent à la machine des saisons. Ne pas verser une seule larme, parce que nous n’en avons plus, mais nous étonner toujours que la mort puisse nous atteindre, nous qui avons l’assurance et le pouvoir, dans notre corps dans notre âme, de traverser les âges.

Ceci et l’épitaphe qui, gravée sur un médaillon fait d’un alliage d’or inaltérable, sera insérée dans la plaque de verre contenant les restes de Bernard et de ne je sais combien de choses détruites en même temps que lui. Elle est écrite sur un miracle technologique mais dans une langue ancienne, témoin d’une époque où l’élégance avait encore un sens, même chargé d’hypocrisie. J’ai choisi de dire mon histoire simplement, l’enjoliver ni la dissimuler. À ceux qui pourront la lire, elle dira que j’ai suffisamment aimé Bernard Wood pour vouloir partager son histoire avec nos descendants. Car ce n’est que justice, comme il l’affirmait, que tout homme puisse apprendre qu’une infime partie de l’humanité a pris l’habitude de chevaucher les générations.

J’ai connu Bernard dans la cité de Québec à l’âge de quatre ans. Il avait déjà l’apparence d’un homme mûr et, à ma manière enfantine, j’ai longtemps été persuadé qu’il m’attendait patiemment avant de continuer à vieillir. Il n’en était rien bien entendu, et c’est sans grande surprise que, après une longue absence, je l’ai revu dans cette même ville tortueuse et terrifiante d’isolement célébrer avec moi ce que nous savions être mon centième anniversaire. Nous étions en 1807. Il s’était remarié entre-temps et, de mon côté, j’avais une première femme et quatre enfants qui me croyaient beaucoup plus jeune. Dès lors, à travers des existences parallèles, nous ne nous sommes plus laissés, et peut-être l’entêtement de cet avant-poste britannique à se faire oublier du monde y était-il pour quelque chose.

Mais cet appui mutuel ne pouvait durer toujours. Mes enfants avaient grandi et étaient partis pour le vieux continent, me laissant seul avec leur mère. Avec le temps, nous entions venus à craindre l’archevêché et les recenseurs du monarque anglais, conscients que, tôt ou tard, les soupçons allaient s’étendre aux habitants de la contrée à la vue de deux hommes affichant leur éternelle cinquantaine, alors que leurs épouses se mouraient de vieillesse.

Il fallut vingt ans. C’est Bernard qui le premier perdit sa femme. Mathilde la suivit dans la tombe deux ans plus tard.

Je n’oublierai jamais son expression au cours de ce qui reste pour moi la plus incompréhensible des expériences. Bernard se tenait à mes côtés, droit et digne, et je ne suis pas loin de penser que Mathilde s’adressait à nous deux, elle qui avait vu mourir une grande amie avec tristesse, mais qui surtout avait été profondément troublée par l’attitude de Bernard. J’ai parfois parlé à mon ami de ce chagrin froid, combien sincère pourtant, dont Mathilde avait fait mention sur l’oreiller conjugal; il s’est toujours contenté de me rappeler les fils manquants, comme si les liens qui l’unissaient au reste du monde étaient incomplets. Et je me trouvais, cette nuit-là, dans la même situation que lui, comprenant à quel point j’avais naturellement gardé une distance entre le monde et moi. J’avais vécu tout ce temps avec ma pauvre Mathilde, mais je ne l’avais jamais atteinte, ni par la chair ni par l’esprit. En me regardant du fond de son désespoir, elle murmura avec toute la sincérité de son amour pour la vie qu’elle ne m’avait jamais véritablement connu, que je serais toujours pour elle un jeune étranger, même si « toujours » ne représentait plus qu’une dizaine de respirations volées à l’hiver.

J’ai voulu lui dire, dans le parfum lourd de la lampe, de ne pas m’en vouloir de l’avoir choisie. Qu’elle avait, dans l’extrême injustice de la nature, mis au monde des garçons dont j’avais espéré que certains seraient peut-être destinés à ne jamais la quitter. Que cette même nature avait cruellement décidé que les femmes seraient exclues de notre condition. Mais j’en étais incapable, car moi non plus je n’avais jamais vraiment vécu avec celle qui allait partir.

Bernard fut attentif à mon chagrin parce que disait-il, c’était ma première femme. Il en avait eu cinq. Mais ni lui ni moi ne prîmes plus femme à partir de cet hiver. Nous avions des fils, dont aucun, nous le reconnaissions aux signes, ne partageait avec nous le rare pouvoir. Quand la mort vous est refusée, pourquoi vous en imposeriez-vous la vision? Il me fallut la longueur d’une vie humaine pour comprendre le sophisme de mes raisons. La vérité est beaucoup plus prosaïque.

L’inhumation de Mathilde devait marquer, pour Bernard et moi, la rupture avec cette bourgade du Bas-Canada sur le point de nous traiter de sorciers.

Nous sommes descendus plus au sud aux premières ardeurs du printemps, persuadés que nous nous dirigions vers un avenir où un peu de ruse et de prudence nous garantiraient un long anonymat. Il est étonnant de découvrir de quoi sont capables deux veufs instruits, affichant un solide âge mur, dans un pays en pleine ébullition. Quand ils ne prennent pas suffisamment soin d’eux-mêmes, ce sont les autres qui s’en chargent dans le respect et l’espérance de conseils judicieux, parfois accompagnés d’argent. Bernard avait une idée très claire de la façon dont les gens de notre condition pouvaient vivre sans se faire remarquer parmi leurs semblables mortels. Tout était question d’espace, disait-il, et de mouvement. Il fallait chercher les campagnes isolées, propices à l’ermitage et à l’oubli, et s’y déplacer en changeant d’identité dès que les premiers voisins commençaient à remarquer que vous ne les accompagniez pas dans leur sénilité. Mais on pouvait aussi choisir la ville, dès qu’il s’en présenterait une suffisamment grouillante pour faire croire qu’on était n’importe qui. Nous savions que cette ville existait plus au sud, que bien avant le jour de ma naissance l’agitation de nombreux mortels était en train de nous l’ériger.

Après six mois d’errance dans les états du nord, à regretter parfois nos chauds âtres de Québec et les cloches encore neuves de ses chapelles, nous faisions notre entrée dans New York, dont l’aspect, à cette époque, évoquait les villes anglaises sans visage. Les noms, pour nous, n’avaient pas d’importance, pas plus que le sentiment que cette cité allait certainement devenir très puissante. Elle était comme une idée rendue à la réalité, le modèle d’une chose que nous avions souhaitée mais que d’autres devaient créer pour nous. Nous en avons fait notre maison, comme si chaque quartier avait représenté une pièce immense de la même demeure, et avons commencé à nous y déplacer lentement. Au fil des ans, nous en avons observé chaque changement avec une pointe d’inquiétude, comme si un complot visait à altérer notre propriété, nous avons vu s’étendre ses cimetières, nous avons appris à maîtriser ses langues et ses coutumes sans jamais oublier toutefois nos manières anciennes de dire et de faire.

D’autres semblables à nous ont aussi été attirés par la croissance de la cité, de sorte que nos longues promenades nous ont finalement conduits au cœur d’un réseau secret, caché du monde par le formidable treillis des rues et des avenues. Nous étions alors près d’une centaine, mais quelques-uns sont morts depuis sous les coups du hasard. « La cité est un abri sûr », disait parfois Bernard, « mais elle présente aussi des dangers ». L’arrivée de l’électricité, de l’automobile et des ascenseurs nous a rappelé que celui qui échappe au cours du temps et aux affections ne peut rien contre les actions du monde et les accidents.

Tandis que notre ville d’adoption se transformait lentement sous nos yeux, vieillissant pour mieux renaître, certains d’entre nous prirent la résolution de se rencontrer pour le plaisir de la conversation, et aussi pour apaiser le malaise laissé par ce que nous appelons la courte-mémoire. Un immigrant fortuné, qui était des nôtres, me parla un jour de ce phénomène qui finit par affecter ceux qui vivent la longue vie. Une personne normale, rendue à l’âge adulte, conserve une quantité incroyable de souvenirs qui, pourtant, ne représentent qu’un choix parmi une infinité de drame et de comédies. En outrepassant les limites de la mémoire, il arrive que les souvenirs entassés se confondent, allant jusqu’à semer le doute sur leur vérité. Mais les souvenirs ne finissent pas dans les brumes, et c’est avec beaucoup de bonheur que nous nous retrouvions dans le clair-obscur d’un salon ou attablés autour d’une authentique planche du Jeu des fortifications de 1712, sans jamais y poser le doigt, que nous partagions des témoignages que d’aucuns auraient qualifiés de véritables trésors. Qui avait assisté à l’audition du Requiem de Mozart, le 5 décembre 1791, et avait vu le maître quitter au « lacrimosa »? Qui avait donc dîné à la Tour d’argent, à quelques pas du grand Frédéric en action sur la petite scène du Théâtre du canard? Qui avait assisté, comme à l’Opéra, à la plus sanglante bataille de la guerre de Sécession? Le rire n’était pas non plus absent de ces soirées le plus souvent arrosées de très anciennes eaux-de-vie sauvées par des collectionneurs. Sous l’effet des parfums et des saveurs d’un autre âge, il se trouvait parfois l’un d’entre nous pour se vanter d’avoir mangé, depuis sa naissance, autant de cochons qu’il y avait d’âmes sur ce continent!

Après quelques années, nos rencontres espacées devinrent pareilles à des phares éclairant l’obscur littoral du temps. Elles étaient notre lumière et nous offrait la certitude de pouvoir compter les uns sur les autres, avec un minimum de recours à l’aide des mortels. Mais, plus que tout, elles édifiaient notre mémoire collective.

La nuit de Noël 1957, nous apprîmes que Bernard était le patriarche de la cité et peut-être même du pays entier, ce qui déclencha dans notre groupe des manifestations si chaleureuses que nous en oubliâmes les tièdes calorifères de la salle à manger. Mais le confort que se donnait la ville n’allait pas tarder à nous atteindre, au fur et à mesure que l’idée d’un futur idéal et facile prenait forme. C’est ainsi que, lors d’une autre soirée où l’air frais d’un appareil retenait la canicule à distance, Bernard nous parla pour la première fois de la puissance de notre individualité. Il concluait un exposé brillant lorsque, soudain, il se rendit coupable d’une maladresse apparemment inexplicable. Je crois que, à ce moment, la maladie s’adressait à lui pour la première fois. Bernard n’en glissa mot à personne ce soir-là, mais je me souviens de son regard fou d’étonnement lorsqu’une ballerine de porcelaine vieille de deux siècles, qu’il examinait respectueusement, lui glissa des mains. Nos logis sont souvent plus riches que des musées, et nous prenons un soin jaloux à les garder de tout contact avec des étrangers. Notre hôte se contenta de sourire et, les yeux brouillés de larmes retenues, de ramasser les morceaux.

Bernard ne devait me parler de sa mort prochaine que bien plus tard. J’ignore quand il a appris la nouvelle, et le docteur Bishop a opté pour le silence, certainement à sa demande. Parce que la mort, qui n’est pas naturelle, est objet de honte d’abord, et de pudeur ensuite. Je sais seulement qu’il a gardé longtemps le secret, sans jamais laisser filtrer le moindre indice.

Et pourtant, je me souviens qu’un soir où nous étions les invités d’un ami qui avait fui la noblesse espagnole, Bernard est arrivé en état d’ébriété, ce qui lui arrivait très rarement. Sa conduite n’en fut pas moins irréprochable et il se révéla fort enjoué et plein d’esprit tout au long de la soirée. Aussi, fut-ce avec quelque surprise que je l’entendis me demander si j’avais l’intention de me remarier.

Comme l’idée ne m’avait pas effleuré l’esprit depuis de nombreuses années et il était bien placé pour le savoir, je m’étonnai de sa question.

— C’est que, dit-il en reprenant une idée qui lui était chère, je me rends compte que nous sommes obsédés par notre survie individuelle. Pour notre variété, la peur est plus forte que le sexe.

Pour notre variété. Les mots semblaient tout droits sortis des pages du formulaire Knud. Mais je ne l’ai compris que plus tard, quand j’ai eu à le lire.

Notre hôte a gentiment acquiescé et la conversation a repris son cours, laissant mon ami à des pensées soudainement plus sombres. Je ne crois pas me tromper en affirmant que, ce soir-là, Bernard a voulu effleurer la vérité avec nous.

 

Par respect pour la vérité et l’authenticité de notre amitié, je me dois de rapporter les faits et gestes qui marquèrent la vie de celui qui venait d’entamer allègrement son septième centenaire. Les bruits et les humeurs de la terrible année 2018 doivent donc faire leur entrée ici.

Bernard me téléphona le matin du 8 août pour que nous mangions ensemble ce midi-là. Comme toujours, nous discutâmes du choix du restaurant, évaluant le degré de sureté d’un certain nombre d’établissements. Mais Bernard ne parut pas accorder autant d’importance au problème des sorties d’urgence, des équipements antisismiques ou de la présence de gardes armés. Nous nous donnâmes rendez-vous sous la voûte constellée de crochets et de miroirs brisées de la Chemical Bank; il avait l’habitude de s’y rendre parce que l’endroit était très fréquenté et d’une sécurité acceptable. Le contact, même imparfait, avec ceux qui osaient défier les dangers de la ville le réconfortait. Curieusement, je le retrouvai assis dans l’entrée, à deux pas d’un kiosque à journaux, plutôt éloigné des aires surveillées dont nous recherchons le plus souvent la proximité par crainte des épéistes.

Il semblait vivre un moment d’une extrême intensité, les yeux fixés sur les pages nécrologiques du Times. Ce n’est qu’en m’entendant tousser qu’il consentit à arracher son regard du cimetière de papier.

— J’ai vu le docteur Bishop, me dit-il simplement, et cela suffit pour que je comprenne à moitié. Le plus souvent, nous voyons le docteur Bishop un verre à la main, décrivant avec emphase et humour le décor tapageur de l’exposition universelle de 1900.

Bernard s’est levé, a jeté le journal à la récupération et nous avons gagné la rue. Un épais voile jaune recouvrait la circulation et les boutons d’alerte clignotaient sur les façades pour indiquer leur position. Nous avons marché jusqu’au Gavroche sans qu’il prononce un seul mot. Ce n’est qu’une fois installé au milieu de la faune des trusts et de leurs gardes, devant nos rémoulades roses, qu’il accepta de rompre le silence.

— Certaines maladies restent inconnues parce que la simple humanité n’a pas le temps de les contracter, commença-t-il à sa manière parfois ampoulée, comme s’il prononçait un de ses célèbres discours. D’autres qu’on croyait guéries couvent longtemps dans les cellules, prêtes à ressurgir à condition qu’on leur en donne le temps. Des micro-organismes connaissent des mutations locales et se développent en de rares variétés que les hommes finiront par absorber avec beaucoup de temps… Tu as le choix.

Je n’ai rien trouvé à dire pendant de longues minutes, atterré par l’énormité de la nouvelle. Nous restions immobiles, pareils à deux momies déguisées aux couleurs d’une autre époque, insensibles à l’agitation et aux bavardages chiffrés de l’entourage.

Bernard allait mourir. Dans les réponses qu’il fit à mes rares questions, je ressentis le terrible combat de celui qui refuse de se voir dérober son temps. La chose se produirait dans un peu plus d’un mois. Alors la destruction des cellules cérébrales aurait affecté le système nerveux central, menaçant la respiration, les battements du cœur… D’ici là, il lui faudrait régler ses affaires, manière discrète de parler de sa succession, mais surtout de l’accomplissement des rites préparatoires propres à son clan. Il allait devoir briser le sceau du formulaire rédigé par l’un de ses pairs et obéir aux instructions du clan de Knud, écrite à la plume dans le silence du passé. Un membre de notre société m’avait déjà présenté ce formulaire comme une œuvre réunissant les Sombre Préceptes du Voyageur, ce qui laissait entendre que ce recueil avait un auteur unique. Mais notre tradition refuse au lecteur d’un formulaire d’avancer dans la solitude. Pour poser les derniers gestes que lui dictait sa lignée, Bernard aurait besoin d’un témoin qui, selon nos règles, doit accompagner le condamné sur l’impossible chemin des derniers jours.

Il me regarda longuement avant de me demander si j’acceptais ce rôle, sachant sans doute que seule ma propre mort pourrait m’en éloigner.

Je hochai la tête avec respect. Silencieusement, je songeais aux attentes du voyageurs lorsque je me remémorai la sacoche de cuir enfouie au plus profond de mon armoire. Elle contenait le formulaire de mon propre clan, celui de la Méthode, apôtre des Slaves, qui sut si bien faire croire à sa mort. À moins d’un assaut du monde sur mon corps, j’allais moi aussi devoir en faire la lecture un jour d’ici la mort de la Terre, et demander à un de mes semblables d’être mon témoin. Mais ce jour n’appartenait pas à ce temps.

— Conduis-moi à la porte, Scott, l’entendis-je murmurer tandis qu’il semblait vouloir attaquer sa rémoulade au poivre rose. La fourchette retrouva sa place, en attente dans l’assiette froide.

— La charogne ne doit pas absorber d’autre charogne, dit-il encore. Et je me demande si, pour une très rare fois, il n’y avait pas un peu trop d’eau dans son regard.

Je lui fis remarquer que la vérité était tout autre, que, selon nos enseignements, « le vivant ne doit pas manger le vivant » et qu’aucun rite ne pourrait être accompli s’il refusait de se nourrir durant un mois. La présence de celui qui rencontrait la mort, qui l’avait surprise, embusquée dans ses pensées, me troublait au point de me faire jouer mon nouveau rôle avec trop de rigueur, me faisant oublier un instant les liens d’amitié. J’en ressentis du chagrin, et je sus que mon ami, désormais, ne verrait plus que le sien. Il releva la tête et affirma, avec la sérénité que doivent monter les immortels devant leur destin, qu’il pouvait se suffire à lui-même, comme le suggérait l’ancienne parole de Knud, absorber sa propre charogne, et que le docteur Bishop était parfaitement préparé à l’y aider.

 

Les origines des clans, qui ont toujours alimenté nos conversations de patriarches, sont aussi obscures que celles des anciens livres de pierre qui ont guidé le pas des premiers gouvernements. Les formulaires de la mort, qui sont copiés depuis le commencement, font allusion aux intrigues qui ont conduit à la perte d’immortels dans les palais de Babylone et à quelques batailles africaines pour la conquête du secret qui réside dans notre chair. Tout comme le formulaire du clan de Méthode, inspiré de celui de Hyksôs, celui de Knud avait connu des réécritures révélant une évolution dans la façon d’affronter le deuxième plus grands moment de la vie. Ces changements se fondaient parfaitement à la tradition pure, mais c’était la première fois que j’entendais parler de la possibilité de se suffire à soi-même si on en avait le loisir. Pour troublant qu’il fût, ce choix me semblait renfermer une part de dépit à laquelle Bernard se révélait sensible.

Comme c’est généralement le cas pour les témoins désignés, j’aillai m’installer chez lui afin d’assister à l’accomplissement des rites auxquels, d’ailleurs, il se soumettait à la perfection. Le formulaire de Knud, pareil à un très ancien fascicule de prières, reposait sur sa table de chevet ornée de chimères, paraissant plus fragile à la lueur d’une simple bougie. Il en lisait quelques pages chaque jour, puis, de manière presque religieuse, se consacrait à ses derniers gestes. Dans le silence glacé du logis assombri, où la chambre à coucher semblait sculptée dans la pierre, j’ai été témoin des choix de derniers vêtements sur lesquels l’amour, le rire ou le chagrin avait laissé une empreinte chère à Bernard. Il passait une partie de ses nuits à ramener à la vie une foule d’objets hétéroclites amassés au cours des siècles, à les toucher pour faire éclater dans sa mémoire trompeuse les souvenirs depuis longtemps inaccessibles, comme des trésors jetés au fond d’un abîme. La table de travail en était jonchée: pièces de monnaie inestimables, médailles léguées par des êtres chers eux-mêmes aux portes de la mort, amulettes et vieilles photographies, tous compagnons silencieux d’un homme leur rendant un dernier hommage.

Tous les jours, Bernard se rendait chez le docteur Bishop dans le but avoué de se nourrir. Je savais que ce choix n’était nullement causé par un désordre émotionnel chez lui puisqu’il m’avait fait lire la formule y faisant allusion. On y apprenait la marche à suivre pour se retirer le plus possible de l’emprise du monde et des besoins du corps, et ainsi constituer une unité parfaitement refermée sur elle-même, mieux préparée à l’extinction.

Avec son accord, je profitais de ses absences pour rendre visite à nos amis communs et les informer de la situation. « Cela ne se voit pas encore, mais il meurt un peu plus chaque jour… Non, il ne pense plus à vous ni tellement à moi… Il vit sa fin dans la dignité et la paix. » La vérité tenait bien dans ces paroles, mais chacun sait que la vérité change au fil des jours.

Parfois, fidèle à ma condition de témoin, je suivais discrètement Bernard en route pour le cabinet du docteur. Ai-je ou non réussi à cacher mes agissements à mon ami? Je ne sais. Mais s’il s’en est aperçu, il n’y a accordé aucune importance. Et c’est ainsi que je découvris les détours qu’il effectuait régulièrement à notre lieu de rendez-vous habituel, comme si la Chemical Bank avait revêtu un caractère sacré digne des rites qu’il devait accomplir. Là, il passait quelques instants dans la zone protégée, puis activait son neutralisateur Beam en se mêlait à la foule. J’ai longtemps pensé que ce contact au cœur de la vie bouillonnante apportait à Bernard les parfums qu’il n’avait jamais recherchés mais qui, désormais, allaient lui faire défaut, ces saveurs étranges que dégage le troupeau en action.

Ma propre existence se trouvait suspendue et le resterait tant que tout n’aurait pas été accompli. Chaque retour dans le logis déserté de Bernard me confrontait à un vide à peine supportable, comme si meubles et objets familiers avaient cessé de s’adresse à moi. L’isolement volontaire de Bernard rompait aussi des liens jusqu’alors insoupçonnés. Parfois, je préférais les bruits menaçants de la ville à la lourdeur de la chambre où je devais veiller sur son sanctuaire et remplacer les bougies. Je sortais sur la terrasse pour assister à l’agitation puérile d’une autre espèce de mourants. Ils émergeaient, sans interruption, d’entre les phares rouges et bleus constellés d’excréments de pigeons, refoulés sur les trottoirs par le flot des véhicules. Au-dessus des têtes encapuchonnées se dressaient les accessoires périphériques pareils à des faucilles. L’opacité de l’air, malgré l’action des mégafiltres, réduisait la ville à cette seule rue, créant à travers les fumées l’illusion folle de façades découpées à flanc de volcan. Et plus d’une fois j’ai vu quelqu’un disparaître dans la course aux portes qui se déroule en bas, quitter la vie entre deux coups de coude, en me demandant si ce n’était pas Bernard à qui on volait bêtement sa mort. Mais il revenait toujours à son repas quotidien, le visage un peu plus creusé où la barbe évoquait des brûlures.

Profitant d’une baisse sensible de l’humidité, il insista un jour pour que nous nous rendions au parc dès son retour. Les gardes contrôlèrent notre identité, apparemment ennuyés que deux originaux dans la cinquantaine justifient presque à eux seuls leur présence sur les lieux, et nous assignèrent un doberman de service. Un vent béni nettoyait l’air, révélant les rangées d’arbres à cent mètres et, du même coup, l’essoufflement apparent de la végétation. J’en fis la remarque à Bernard qui fronça les sourcils.

— Tu as été jardinier, il me semble? demanda-t-il, comme s’il avait trouvé une explication à mes préoccupations.

Après un moment d’hésitation, je répondis qu’il pouvait avoir raison. J’étais né à Québec où la culture occupait beaucoup de monde. Mais je ne savais plus si je l’avais souhaité, rêvé ou vraiment fait…

— Et toi, que faisais-tu à cet âge?

Il leva les yeux vers moi et secoua la tête, le visage figé dans une moue d’impuissance.

— Vague, dit-il. C’est comme si n’importe qui essayait de ramener à la surface un souvenir d’enfance. À dix-sept ans, j’étais… dans la boue, peut-être? J’ai des souvenirs de boue et de froidure qui surgissent parfois dans mes cauchemars.

La courte-mémoire, comme cela se produisait souvent, nous laissait sans moyen. On a beau apprendre en bas âge que le temps nous transportera au fil des époques, on ne le sait pas, on ne le sent pas. Jusqu’au jour où on découvre que le voisinage disparaît et que le moment est venu de s’esquiver parce que, pour nous aussi, la vie aurait dû s’arrêter. Au-delà du premier centenaire se crée l’illusion d’un impossible recommencement où nos mémoires remplacent, mélangent, façonnent, ne conservant que quelques grands drames.

À son air renfrogné, je devinai que Bernard s’efforçait en vain de faire naître la lumière dans le noir paysage de son existence. Il parla du désarroi que procurait le sentiment d’avoir vécu si longtemps sans pour autant se sentir plus riche que l’adolescent poignardé dans une salle de classe ou le vieillard emporté par son cancer. Plus stoïque et plus sage devant les débordements du monde, il l’était devenu, mais cela ne donnait aucune chaleur à l’agonie.

Il parla encore de douleur, comme si, désormais, il faisait siens les gémissements des quelques mourants qu’il avait côtoyés; et bien avant que nous n’ayons atteint la limite du couloir de verdure protégé, il passa à la peur et l’envie.

— Quand je regarde la rue, ou lorsque je me rends à la banque, je ne comprends pas pourquoi tous ces gens n’ont pas peur, eux qui à peine nés courent déjà leur tombe. Cinquante, soixante-quinze ans… À peine le temps de voir passer le soleil.

Je le sentis frissonner à mes côtés et je le vis relever son col dans la chaleur de cette fin de journée. Puis, il murmura ce qui me parut être une prière tirée du formulaire, des vocables rappelant le grec ancien. Cette prière devait être une manière de se venir en aide à lui-même, car il sembla retrouver un peu de son détachement et sa voix se fit plus assurée.

— Comment vivent les immortels, Scott? Le savons-nous nous-mêmes? L’errance est le prix à payer pour franchir les cimetières de la Terre sans nous arrêter. Et lorsque l’un d’entre nous trébuche, il comprend qu’il n’a rien fait d’autre que s’habituer à vivre…

C’est à ces paroles que je compris que l’envie s’était immiscée dans le cheminement torturé de Bernard pour ériger un mur de tranquillité autour de ses doutes. J’imaginais les plateaux d’une balance où il déposait tour à tour ses acquis et ses pertes, les comparant à ceux de la simple humanité. Non seulement n’en retirait-il aucun avantage, mais il enviait la joie aveugle de ceux à qui la promesse de la longue vie était refusée. Après tout ce temps, loin d’avoir su mieux vivre, il découvrait que, tout comme le premier voyou venu, il ne savait pas non plus comment mourir.

À cet instant, je me rappelai que le docteur Bishop m’avait parlé des risques d’abréaction, cette extériorisation plus moins violente d’un refoulement profond, libération d’un mal qui, de la déception perpétuelle, peut se transformer en tempête. Mais ni à ce moment, ni à aucun autre, je n’ai cru qu’un immortel pouvait être caractérisé grâce à un mot inventé en 1951.

— Tu as peur, l’entendis-je murmurer pour lui-même derrière son col relevé. La peur est le seul sentiment qui t’a permis de vivre aussi longtemps. Quelque chose d’infiniment plus fort que l’attirance sexuelle. Pour nous, la survie de l’individu l’emporte toujours sur l’immortalité de l’espèce. Cela aussi fait partie de la différence. Mais aujourd’hui, c’est la peur du dernier jour annoncé qui te frappe comme la foudre. Et tout homme cherche bêtement la consolation

Quelque chose se sera en moi. C’était exactement les mots qu’il avait prononcés près de deux siècles auparavant, la nuit où Mathilde s’était éteinte, un an avant notre départ de Québec. Mots étranges et désagréables parce qu’ils faisaient de nous les égaux des mortels, comme si le long temps n’existait pas vraiment. Je les avais crus évacués à jamais mais je les portais en moi, toujours intacts, toujours aussi dérangeants. La courte-mémoire n’avait pas joué, ne jouerait jamais sur ces mots-là.

Une fois de plus, il me demandait de le suivre, mais cette fois c’était dans sa détresse.

L’attitude de Bernard devenait tout à coup inconvenante. Elle me plaçait dans le rôle du donneur d’onction, de celui qui doit trouver les mots propices à l’apaisement de l’âme, m’éloignant de mes fonctions de témoin et de serviteur. Le glissement qui s’opérait en lui m’entraînait vers un territoire dont je ne connaissais pas les règles. Les immortels sont pareils aux jeunes enfants: ils ne savent pas parler de la mort. Je songeai à le ramener à l’ordre pour que, au nom de notre amitié, il ne m’impose pas ce fardeau. C’est le moment que choisit son corps pour envoyer un nouveau signal.

La soirée aurait pu être délicieusement mystérieuse sans les assauts répétés des phares édifiés sur l’avenue longeant le parc. Nous aurions pu marcher encore une heure, à bavarder tranquillement, comme autrefois. Mais nous n’avions plus le choix de rentrer. Debout derrière moi, silhouette silencieuse hurlant sa détresse, Bernard ne pouvait plus avancer.

Nous passâmes la nuit au cabinet du docteur Bishop qui diagnostiqua une crise passagère mais néanmoins annonciatrice des blocages musculaires qui allaient se répéter dans les jours à venir. Durant les heures passées à veiller le malade qui recouvrait peu à peu l’usage de ses jambes, je ne pus m’empêcher d’examiner furtivement les tablettes et les comptoirs immaculés, cherchant des indices de la manière dont pouvait s’accomplir le rite de l’autosuffisance auquel je n’étais pas admis. Des images s’imposaient à moi, spectacle absurde, où je voyais le docteur découper ici ou là suffisamment de chair pour assurer la survie, désinfectant les plaies au fur et à mesure et allumant une flamme pour cuire doucement les morceaux prélevés.

Le matin sous surprit sous un torrent de lumière jaune où les phares, virant au rouge, nous parlaient déjà de ceux que la rue tuerait aujourd’hui. Bernard garda le silence, mais parut satisfait que j’accore mon pas au sien qui était fort lent. Il était heureux que le docteur Bishop nous ait libérés à l’aube, quand les détrousseurs sont encore ivres de pissasse ou de rage. New York est une ville où il vaut mieux marcher vite.

Je n’avais pas verrouillé le les portes du logis que Bernard déclara:

— La maladie progresse peut-être plus vite qu’il n’y paraît. Je veux compléter le rituel en deux jours, si tu n’y vois pas d’inconvénient. Ensuite je me sentirai plus tranquille. La sacrée machine pourra toujours se détraquer, du moment tout sera accompli. Je ne te retiendrai pas au-delà.

Ses paroles me blessèrent sur le moment. Mais j’aurais dû savoir que quelque chose s’était brisé en lui, que ce n’était plus l’immortel qui parlait mais l’homme en proie à sa mesquine faiblesse. Je lui rappelai que les rites exigeaient la présence du témoin jusqu’à la fin et que notre amitié ne serait pas rompue avant. Mais son mutisme me fit comprendre que le rituel de Knud ne serait plus une succession de gestes et de paroles sacrées, lourds de sens et d’amour de la vie, mais bien une bouée de sauvetage qui, l’espérait-il, allait opérer le miracle et le ramener en des eaux moins tourmentées.

La journée fut consacrée à la lecture du formulaire et au toucher. À nouveau, il prenait contact avec les objets vers lesquels son amour le guidait, un contact d’une intensité telle que je croyais le voir en absorber l’énergie. Durant la nuit, il se tourna vers les étoiles et accomplit avec une soumission troublante la Cérémonie de la reconnaissance et de la pitié. Je me tenais dans l’ombre de la pièce, à l’écart des bruits qui montaient de la rue, désolée pour mon ami que même la lune ne fût pas visible dans ce ciel d’enfer.

J’avais au moins la consolation de deviner que la Cité avait cessé d’exister pour lui. Les choses n’étaient plus matière façonnée mais matière pure, ramenées à leur état primordial. Les meubles évoquaient le bois vivant d’une forêt, les tissus des champs de lin, le métal une mine plongée dans l’obscurité. Tel était l’état d’esprit de Bernard quelques heures avant sa mort.

Le lendemain, il m’appela dans sa chambre et m’associa à la disposition finale des lieux. Il était entendu qu’il se glisserait dans son lit lors que le docteur Bishop l’aurait décidé, ou de lui-même s’il sentait ses forces l’abandonner. Je lui promis que je le vêtirais des habits qu’il avait choisis. Répondant à ses instructions, je disposai chaque relique à l’endroit exact où il l’avait décidé, suivant l’angle qu’il avait calculé en consultant le formulaire. Il semblait plus nerveux mais moins perturbé que la veille, comme si l’achèvement du rituel avait apaisé son angoisse. Bernard consacrait maintenant ses énergies à l’importance que recèle le point géométrique qui vous verra mourir. Il créait entre ces quatre murs le dernier monde parfait qui fût le sien.

À nouveau, il m’expliqua qu’il lui fallait manger. Je tentai de l’en dissuader, mais il demeura sur ses positions, affirmant qu’il profiterait de l’occasion pour se plonger une fois encore dans la foule déridée de la banque. J’avais du mal à croire qu’il pouvait ressentir avec une telle force ce besoin de la bousculade et de la sueur. Que pouvait lui apporter un contact aussi éphémère qu’indifférent avec ceux pour qui l’immortalité n’était qu’un rêve insensé?

— L’immortalité, oui, répondit-il presque de bonne humeur, mais pas la mort. La mort est proche et bien réelle pour eux. Ils la côtoient tout le temps. Je pense qu’ils la connaissent, d’une certaine façon. J’aime savoir que je suis tout près de cette connaissance.

Après son départ, auquel j’assistai depuis la terrasse, j’errai de longues minutes dans les pièces qui ne contenaient plus des choses exclues de l’agonie prochaine. Obéissant à la tradition du clan de Knud, je cherchai un objet pour moi-même que je déroberais à la vue de son propriétaire, un œuvre d’art ou une chose sans importance qui maintiendrait le lien avec mon ami, auquel je redonnerais vie en secret. Sur une étagère, je remarquai un mécanisme d’horlogerie à découvert, visiblement ancien, mais dont la finesse et la complexité des engrenages me suggérèrent le douloureux combat que Bernard avait dû livrer. Suspendue dans la salle à manger, une petite toile délavée, sans valeur, attira aussi mon attention. On y voyait, dans un paysage désolé, un gamin qui semblait échapper à une mare de boue. Je soupçonnai Bernard d’en être l’auteur et cet objet devint pour moi le gage que ma mémoire garderait son souvenir dans les siècles.

La chambre m’accueillit en projetant sur moi la lumière glauque des bougies, j’inspectai du regard la disposition des lieux, image mathématique des aspects les plus mystérieux et les plus cachés de l’existence de Bernard. J’ouvris la penderie pour examiner les vêtements qu’il avait choisis et décorés lui-même de divers bijoux et objets précieux. Je crus d’abord qu’il les avait déplacés, suivant en cela une tradition dictée par le formulaire, mais ne pus les trouver nulle part dans la chambre.

Alors l’idée s’imposa à moi qu’il les avait sur lui, qu’il me les avait dissimulés, en même temps que ses intentions, sous un manteau de pluie qui, lui aussi, avait disparu.

Bernard ne reviendrait pas dans la chambre ardente où nous avions tissé, lui et moi, le réseau compliqué de ses symboles. Bernard, à l’instant même, était déjà en train de mourir. Je me penchai pour éteindre les bougies.

 

Nous saurons peut-être un jour comment Bernard s’était procuré les explosifs, pour l’importance que cela peut encore avoir. Mais j’ignore (et nous ignorerons toujours) quand l’idée germa dans son esprit.

J’ai déjà dit que je ne jugerais pas et que je ne chercherais pas à excuser. Mais je ne peux m’empêcher de croire que Bernard a été vaincu par la peur au point de vouloir être escorté par ceux qu’elle épargnait. Il a été envieux du courage de ceux dont la vie ne durait à ses yeux qu’une minute. Il les a emmenés avec lui, incapable de supporter l’idée qu’ils pouvaient vivre et lui pas. Il aimait vraiment cette banque.

Le grand hall de la Chemical Bank était bondé lorsque Bernard y entra, cachant sous son manteau un costume ornementé et mortel. Je l’imagine, pharaon anonyme engagé dans son propre cortège funéraire. Je sais ne pas souiller sa mémoire en disant qu’à cet instant précis, d’une façon mystérieuse et troublante, Bernard a dû être heureux. Et j’aime croire que, en dépit de l’indifférence de la foule, le bâtiment a frémi sur ses fondations quelques secondes avant l’explosion.

Ce n’est qu’une demi-heure plus tard, avertis de la nouvelle, que nous nous sommes rendus, le docteur Bishop en tête, sur les lieux de l’explosion pour enfin constater combien Bernard était en colère.

En colère au point de devenir une étoile.


Première publication: imagine… 60, 1992.

 

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