Éditorial: Méchanceté pure

Le conflit est à la base de tout récit. Dans la littérature de genre, ce conflit n’est qu’occasionnellement intérieur : il repose habituellement sur une suite de scènes d’action et de péripéties. Par la force des choses, cela nécessite la présence d’un antagoniste auquel le protagoniste devra se mesurer. Un « méchant ».

Il y a deux approches très différentes quand vient le temps de définir l’antagoniste d’une histoire. Il peut s’agir d’un opposant, dont les motifs sont honorables, ou à tout le moins compréhensibles. Il est lui-même le héros de sa propre histoire.

À l’autre extrême, on retrouve le véritable « méchant », possédant peu ou pas de qualités intrinsèques, dont les traits vils et retors justifient toutes les actions immondes.

De tels personnages peuvent devenir très populaires – il y a clairement un aspect exutoire à voir la vilenie s’incarner ainsi. Il s’agit cependant d’un exercice périlleux : un personnage trop clairement campé dans la méchanceté sans nuance sera qualifié de caricatural, de peu crédible. D’impossible

Dommage que la réalité nous fasse trop souvent la preuve du contraire.

Difficile de traiter « d’incompris » le taré se promenant avec un drapeau nazi en 2017. Il s’agit d’un geste d’une hostilité si gratuite que rien ne peut rendre justifiable. L’actualité politique des derniers mois – américaine, mais pas uniquement – a ainsi connu son lot de personnages se vautrant dans la méchanceté la plus primaire.

Peut-on donc, sous prétexte que de tels individus existent bien dans la réalité, se contenter de vilains caricaturaux en fiction? Pas si sûr. La réalité fait rarement une bonne fiction.  Pour pousser plus loin la réflexion, avançons que la complexité du héros peut facilement se trouver limitée par la complexité de son antagoniste: il est difficile de mettre en scène un personnage nuancé, aux multiples facettes, si ce dernier est entouré de carton pâte. Il s’agit d’une erreur qui se constate régulièrement en fiction: la psychologie bien détaillée d’un ou deux personnages se heurte au comportement lisse, sans aspérité de tous les autres. Cela procure rarement un récit satisfaisant. Imaginez Cyrano de Bergerac qui se trouverait au prise avec le Coyote de Roadrunner.

Ou avec Donald Trump, tant qu’à y être.

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