Éditorial: L’apocalypse locale

L’apocalypse doit-elle tuer tout le monde? Je m’explique.

La science-fiction aime les apocalypses. Il y a un effet cathartique réel à voir se dérouler la fin du monde, et pour l’auteur on y retrouve l’avantage de réduire le récit à la dimension souhaitée (si la planète au complet ne compte que six survivants, ça ne laisse pas beaucoup de personnages secondaires à gérer.)

Rajouter à cela que le budget d’effets spéciaux est inépuisable lorsqu’on écrit, et il devient facile de détruire la planète entière.

Ça nous ramène un peu à un vieux cliché de la science-fiction: la planète homogène. Hop, une planète de sable d’un côté, une planète de glace de l’autre… et là-bas une planète détruite. Boom.

Mais la simplicité ne donne pas toujours les meilleurs récits. Permettez-moi, même si cela est délicat, d’effectuer une comparaison avec le monde actuel.

Durant les dernières années de combat, les citoyens de la ville syrienne d’Alep ont vécu l’apocalypse. Ce n’est pas une métaphore ou toute autre figure de style. Peut-être pas l’Apocalypse avec une lettre majuscule; une apocalypse locale. Une apocalypse à laquelle échappe le reste de la planète, qui peut le regarder et le commenter sur les réseaux sociaux. Cela constitue une bien piètre consolation pour les victimes.

Une apocalypse n’a pas besoin d’être globale pour être dramatique.

Pour l’auteur, une apocalypse totale est à bien des égards un artifice permettant de donner davantage de poids à un récit. On dit au lecteur « cette histoire est importante, tout le monde est mort! ». Et c’est parfois très efficace, mais il y a risque que cela devienne une astuce facile, aussi vide que le déploiement d’effets spéciaux dans un film sans intérêt. Car le récit ne deviendra réellement important pour le lecteur que par la force des drames et épreuves vécus par les personnages.

Car peu importe la taille de la catastrophe pour que celle-ci soit le cœur d’une histoire prenante.

 

 

 

 

Un commentaire sur “Éditorial: L’apocalypse locale

  1. Gen

    C’est le même phénomène avec « la découverte scientifique qui changera le sort de l’humanité », « la menace qui risque de détruire l’univers », bref, le « syndrôme de l’Everest ». L’histoire n’a jamais besoin d’être globale pour être prenante. Elle n’a qu’à toucher les personnages de près et, hop, le lecteur est embarqué… et l’auteur a moins d’arrière-monde à inventer, puisque le reste de l’humanité poursuit son petit bonhomme de chemin! 😉

    Reply

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