Éditorial: Intelligence artificielle

L’intelligence artificielle (1) est un concept qui fait partie de l’air du temps: il s’agit d’un champ d’étude scientifique en pleine expansion, et également d’un thème récurrent en science-fiction. Mais ces deux aspects sont en très grande partie déconnectés l’un de l’autre.

La recherche scientifique en intelligence artificielle a pris son envol durant les années 60… pour s’écraser presque aussitôt. Plusieurs chercheurs croyaient en effet qu’en une seule génération il allait être possible de développer des machines capables de raisonner aussi bien qu’un être humain. Le choc de la réalité fut brutale: la complexité de cette tâche avait été massivement sous-estimée.

Le domaine de l’intelligence artificielle connaît actuellement une renaissance. Les conditions y sont déjà plus appropriées: les ressources informatiques sont évidemment plus abondantes et peu coûteuses. Les objectifs ont également été recentrés vers des attentes plus réalistes. Un exemple récent – celui des voitures sans conducteurs – représente bien les succès de la recherche en intelligence artificielle. Il s’agit cependant d’un système dédié à une tâche précise – complexe, certes, mais précise tout de même. Le fantasme d’un ordinateur doté de conscience et de volonté propre n’est plus au programme.

En science-fiction, ce fantasme persiste à ce jour. HAL 9000 demeure la représentation la plus emblématique de l’intelligence artificielle, autant au cinéma qu’en littérature. Cette voix désincarnée, agissant comme le Big Brother du Discovery One, peut être décrite beaucoup plus facilement en termes psychologiques que technologiques: nous lui reconnaissons une personnalité sans savoir comment elle aurait pu être programmée.

Allons jusqu’à affirmer que la très grande majorité des représentations de l’intelligence artificielle en fiction ne cherchent aucunement à établir une spéculation crédible hard science justifiant leur existence ou leur comportement. (Il existe tout de même des exceptions.) L’intelligence artificielle existe dans ces oeuvre en tant que métaphore. Au niveau narratif, c’est peut-être inévitable: si on veut faire de la machine intelligente un protagoniste (ou un antagoniste), le lecteur doit la reconnaître comme une personne avec des motivations identifiables. (Un récit dont le personnage principal serait une tondeuse pourrait être un intéressant exercice d’écriture, mais il ne s’agit pas d’une expérience à répéter trop souvent.)

Si cette machine intelligente possède une caractéristique qui la différencie de l’être humain (une absence d’émotion, par exemple), elle n’en demeure pas moins un reflet déformant permettant d’étudier l’importance de cette caractéristique.

Si la science-fiction permet d’étudier notre rapport avec la technologie, le concept d’intelligence artificielle permet de dévoiler l’aspect personnel, intime même, de ce rapport.


 

1 J’étais invité récemment à participer à une table ronde sur l’intelligence artificielle dans le cadre de la Semaine de la citoyenneté du Cégep du Vieux-Montréal. Le présent éditorial résume une partie de ma présentation à cet événement. Ce n’est pas du plagiat quand on copie sur soi-même.

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